Heilstaat se traduit littéralement par "état idéal" ou "utopie". C'est un mot fort et conceptuel qui n'est pas courant dans le langage quotidien.
Dans la chanson, il est utilisé de manière ironique pour questionner la valeur de ces "états idéaux" (faisant référence aux régimes d'Europe de l'Est) quand ils sont entourés de murs et que la liberté d'expression est réprimée. Ce mot met en lumière le contraste entre l'idéal proclamé et la dure réalité.
Dans « Over De Muur », Klein Orkest fait passer l’auditeur d’un côté à l’autre du mur de Berlin. À l’Est, sur l’avenue Unter den Linden, les passants marchent devant les drapeaux, les statues de Lénine et de Marx, les marteaux et les faucilles. Le narrateur pose une question très directe sur ces « veertig jaar socialisme » [quarante ans de socialisme] : à quoi sert un État présenté comme idéal si des murs l’entourent et si l’on doit être prudent avec ses opinions ? La formule « Wanneer iemand die afwijkt / Voor gek wordt verklaard » [quand quelqu’un qui sort du rang est déclaré fou] montre une société où la différence d’avis devient dangereuse.
À l’Ouest, le décor change pour la Kurfürstendamm : Mercedes, Coca-Cola, néons, peep-shows, restaurants, jeux et promesses de plaisir. Mais cette liberté a aussi ses limites : des personnes sans logement ni emploi, des habitants turcs de Kreuzberg qui peinent à vivre, et une manifestation possible seulement « met je rug tegen de muur » [le dos contre le mur], expression qui évoque une situation sans issue. Les seuls êtres à franchir naturellement le « IJzeren Gordijn » [rideau de fer] sont les oiseaux. Ils vont de l’Est à l’Ouest et de l’Ouest à l’Est, parce que le pain peut se trouver près de la Gedächtniskirche comme sur l’Alexanderplatz. C’est une chanson politique, mais son idée est simple et mordante : aucun des deux côtés ne possède toute la liberté, et même un oiseau semble avoir plus de choix qu’un humain.